Robert Moro
Variations graphiques des corps qui dansent
Le Centre Fontblanche – à Vitrolles, près de l’étang de Berre, au cours des années 1980 – réunissait dans l’esprit du Bauhaus, toutes sortes de métiers artistiques. Robert Mollard-Moro y enseignait les arts textiles. D’autres artistes la danse, la sculpture ou l’orfèvrerie.
Dans l’entre-deux des arts plastiques et de la danse, mon frère Robert y improvise des dessins cro- qués sur le vif. Des sortes d’arrêts sur images réalisés dans l’ instantané avec des pinceaux chinois. Des formes déployées aux limites de figurations et d’abstractions. Une sorte d’écriture corporelle ou chaque dessin exprime la tension d’un mouvement dont la succession crée les traces d’un al- phabet en devenir : toujours inachevé, il ne cesse de se réinventer dans une danse graphique et corporelle.
La grâce d’instants privilégiés, de rythmes presque musicaux qui créent une arborescence sans cesse interrompue, toujours recommencée. De la création à l’état pur. Fragile comme des corps en apesanteur. Fulgurante comme des éclairs. Rayonnante comme des lumières de vies, des sur- gissements sonores.
Claude Mollard Hommage à mon frère 2026
Signe d’art lisible renvoie au sens attendu, et disparaît dans sa compréhension. L’écriture d’art, forcément illisible, devient inventive signature d’altérité, déployée librement et sans aucune li- mite plastique. Robert Moro, pas vraiment éloigné de la calligraphie chinoise ou de l’œuvre d’un certain Henri Michaux, libère l’écriture de sa soumission au sens et aux règles de la lisibilité. Chez lui, le grouillement de ses signes agissants et fiévreux accidente finement l’étendue. Il préfère les virtualités des sources graphiques à l’épuisement des images. Dans la défiguration électrisée du signe, quand même d’allusives traces corporelles apparaissent, il ensemence le vide en affolant la fragile surface du papier. En fulgurance habitée, en sismographie aérienne, les signes dansent la silhouette d’une chair lointaine et enciellée.
Christian Noorbergen
