Hélène Jacqz
Dans une toile d’Hélène Jacqz, comme dans une improvisa- tion de jazz, tout se joue dans l’instant. Tout est une question de tempo. C’est toujours le jeu de quitte ou double. Quitte, ce ne serait qu’une trace de peinture sans signification. Un son neutre, sans éclat, sans écho et sans vibrato. Double, c’est gagné. C’est un envol, un jaillissement, une floraison : un geste large qui propulse le regard d’un angle à l’autre du tableau. La peinture d’Hélène Jacqz tient de la danse et de l’acrobatie. Et comme dans ces deux disciplines, la maîtrise ne s’obtient que par le long apprentissage d’un métier. Dans son cas ce furent successivement les Beaux-Arts à Paris et la Parsons School à New York. Mais ensuite, c’est la pratique assidue de la peinture qui l’a menée vers de nouveaux rivages. Elle n’est pas partie à la recherche d’huîtres perlières ou d’espèces aquatiques rares dont on pourrait craindre l’extinction. Mais elle a voulu peindre, jour après jour, toile après toile, des tableaux capables d’éveiller de nouveaux échos, en elle comme en nous. On pourrait croire qu’elle a pris pour elle (qu’elle a pris pour aile) le conseil que donnait Nicolas Boileau aux poètes : Hâtez-vous lentement et sans perdre courage – Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage – Polissez-le sans cesse et le repolissez – Ajoutez quelquefois et souvent effacez.
Mais en pensant à sa peinture, on pourrait aussi modifier le titre de l’Art poétique pour l’adresser aux peintres : « Avant donc que de peindre, apprenez à danser ! »
Marc-Albert Levin
En vastitude éclairante, Hélène Jacqz calligraphie puissamment l’étendue. Elle capte du dedans les énergies vives de l’univers et les ouvrent à vif sur la toile. Son geste libre, généreux, impulsif et audacieux, crée de sidérantes vagues d’immensité rouge, où vibre le sang aigu de tous les corps du monde. Tension physique et mentale quasi palpable, au rythme d’une éblouissante puissance tellurique. En saisissante immédiateté, sans repentir et sans frein. En abyssale plénitude. Dans la pure ivresse d’une constante liberté festive, il n’y a jamais d’échelle mondaine dans ses créations, ni de référence attendue au visible attendu. Dans la saisissante présence de sources convulsives, venues soudainement du fond des âges. Aux confins de la danse des signes.
Christian Noorbergen
