Coskun
Né en 1950, Coskun crée depuis cinquante ans une œuvre taillée dans la masse, qui se concentre sur la représentation humaine. Son travail combine l’expressivité des surfaces, l’expérimentation des matériaux et le renouvellement des moyens, entre construction et imagination. La taille directe reste sa technique de prédilection.
Pour suivre l’idée au bout de ses mains, Coskun utilise la vitesse d’outils mécaniques et tranchants, principalement la tronçon- neuse, qu’il compare à un gros crayon. Et c’est de la rudesse caressante des striures – qu’il laisse apparentes – que l’arbre disparaît, au profit d’attitudes qui s’animent en groupes de Personnages, de Têtes, de Bustes… À travers les bois qu’il récupère des arbres tombés naturellement – dans une dé- marche vertueuse avant l’heure – Coskun révèle en filigrane l’énergie qui traverse volontairement tous les supports à sa disposition, pour exprimer la séparation chronique qu’il saisit entre la nature profonde de l’Homme et ce qu’il aimerait être. Conciliant sensualité et expressivité, il prolonge le lien premier qui nous relie aux signes d’un lointain passé des origines. Le trait arraché à la matière scarifiée avec finesse, opère de manière directe, rejoignant l’immédiateté mêlée d’un ressenti personnel et culturel.
« Plus qu’un sculpteur, Coskun est un créateur de corps surgissants ou pétrifiés dans ces géants de bois qui nous attirent instinctivement dans un autre monde. »
Alexandra Mérieux – Responsable des collections, Musée de la fondation de Coubertin
Chez Coskun, grand sculpteur arboré, l’arbre-corps incarne la vie et ses pulsions. En puissants tronçons charnels, l’arbre est notre double terrestre, voire notre frère éternel au cœur de l’indis- pensable mère-nature. Toujours âpre et nu, l’arbre fin tend ses bras brisés vers les marches de l’in- fini… Les métamorphoses charnelles de l’arbre et leur diversité infinie délivrent de la tyrannie du visible, et tapissent les intimes et féériques fonds de nos enfances. En fraternité partagée, le tronc de l’arbre étreint du dedans celui de l’humain, et ses apparences dépouillées signent toujours une charpente squelettique dont la proximité inquiète et fascine.
Chez Coskun, l’arbre-corps impose une souveraine verticalité mouvante, émouvante, intemporelle et totémique.
Christian Noorbergen
